Fascination, celle du travail de l’Eau,
Gigantesques érosions aussi bien que teintes des mousses sur les roches
Première série de peintures, il y a longtemps. Titre « Mouvances », résonance aux changements lents et magistraux des nuances, au fil des saisons
Mouvances qui tentaient fiévreusement d’approcher la palette de roches du Morvan. Ravinement des pluies et ruissellement des sources
« Fluides », bien des années plus tard, pour nommer autrement ce mouvement naturel et incontrôlable, avec ou sans violence, de la fluidité
Eau libre !
Tout est mouvances, tout est éphémère, tout s’offre à notre regard… puis s’éclipse
Instant d’un tour de danse et le monde a changé, on ne sait pas pourquoi
Impermanence qui greffe en nous un travail intérieur, incessant, où l’on comprend que, non, où l’on croit comprendre que… décidément on ne sait pas
Simplement, cette beauté entr’aperçue
Ainsi, parmi ce que la nature offre de moins grandiose, mon regard a été interpelé, sollicité de façon prégnante : ces brindilles, ces fins segments de bois qui semblent anarchiques parce qu’on oublie qu’un vent invisible les orchestre dans la vertigineuse organisation de Cosmos
Encre de Chine, plume et lavis, sur le papier lisse et épais, détrempé, remodelé ‘au senti’ de mes doigts. Essais esquissés sans qu’aucun élément végétal n’intervienne concrètement. Pas d’empreintes matérielles mais celles des impressions transcrites, transpeintes, dans un laisser-agir
Ecouter le rythme, le laisser palpiter dans le mouvement des mains
Tout pourrait se résumer à une façon d’écouter, de se laisser guider par ce qui est là
Présent inscrit dans l’éphémère
Présent dont les artistes tentent de témoigner, jusqu’à s’y perdre ou y renaître, dans ce temps suspendu qu’est celui de créer.
Acte. Acte posé par une irraisonnable, une incessante pulsion de laisser trace dans le flux de ce qui est irrémédiablement passant.
Eau du Temps
Anny Pelouze (texte de présentation aux journées Les Eauditives 2021 - Editions Plaine Page, Barjols)